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Comme dans un article publié dans les quotidiens en mars 2011 intitulé « Le choix politique de la consigne de vote, une analyse en termes de jeu et de stratégie d’acteurs » où nous avions essayé de comprendre si la rationalité des hommes politiques va t’elle toujours à l’encontre de la coopération, la présente réflexion analyse économiquement les défaillances de l’État à travers le comportement des hommes politiques dans leur prise de décisions. Qu’est ce qui les motive ? La recherche de l’intérêt personnel à travers l’intérêt collectif ou
tout simplement l’intérêt collectif ?
C’est la théorie des choix publics qui apporte des éléments d’explications et de réponse.
1. La théorie des choix publics est un courant économique qui décrit le rôle de l'État et le comportement des hommes politiques, des fonctionnaires et des électeurs. Elle entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan (Prix Nobel d'économie 1986) et Gordon Tullock mais la théorie s’est aussi développée sur le terrain normatif depuis les années soixante-dix, avec les débats lancés en 1971 par l’ouvrage de John Rawls, A
theory of Justice.
La théorie relie les sciences politiques et l’économie en analysant le comportement de la puissance publique et de ses représentants moyennant une approche économique. Pour cela, elle intègre la dimension politique dans la définition d’une fonction de bien-être collectif. Avant l’émergence de cette théorie, la théorie économique attribuait à l’État le rôle d’un « dictateur bienveillant», détenteur de l’information parfaite et d’un pouvoir illimité. Ce que lui permettait de mettre en oeuvre des politiques correspondant à l’intérêt général. Toutefois, en réalité, on observe que des gouvernements et des administrations rencontrent souvent des situations et incitations qui les amènent à produire des résultats inefficients. Ce qui contrecarre l’idée d’une puissance
étatique infaillible. La politique y est expliquée à l'aide des outils développés par la microéconomie. En effet, les hommes politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs de la théorie
économique, dans un contexte institutionnel différent : le marché des décisions publiques. Comme la théorie économique est fondée sur l’hypothèse du comportement rationnel et égoïste des individus, il faut également analyser la sphère politique selon le même critère. L’homme politique devient un acteur économique égoïste comme tous les autres. Il cherche à maximiser son utilité personnelle, déterminée par les facteurs idéologie (certaines idées politiques qu’il veut promouvoir) et pouvoir (détenir une fonction politique qui permet de
réaliser l’idéologie). L’homme politique a, sans doute, une idéologie à défendre, mais il aspire surtout à être élu ou réélu. Il ne cherche pas l’intérêt général. Son comportement dépend donc d’un calcul rationnel tenant compte de ses préférences personnelles et de celles des électeurs. L’électeur est alors analysé chez lui (le politique) comme un consommateur de biens collectifs ou d’une politique donnée.
La motivation première du personnel politique est donc de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l'intérêt collectif (du moins, tel qu'ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques souhaitent maximiser leurs chances d'être élus ou réélus, alors que les fonctionnaires souhaitent maximiser
leur utilité dans la sphère administrative (revenu, pouvoir, etc.). En effet, les fonctionnaires (bureaucrates) recherchent leur intérêt personnel plutôt que celui de l’organisation. Ils se servent de celle-ci pour atteindre leurs propres objectifs de façon rationnelle. Tandis que l’homme politique est motivé par son intérêt d’être réélu, le fonctionnaire, dont l’emploi ne dépend pas directement du comportement des électeurs, tend à maximiser son budget. Celui-ci représente des attributs positifs comme prestige, promotion, revenu élevé, maintien de l’emploi, etc. La production des biens publics est un résultat de marchandage entre l’homme politique (c’est-à-dire le gouvernement élu) ayant le pouvoir d’accorder des ressources recherchées par le fonctionnaire, et ce dernier détenant les informations sur les besoins réels (et inconnues par le gouvernement).
Les décisions de l’homme politique sont également influencées par un troisième acteur de la société, difficile à définir car insaisissable et discret : les groupes de pressions ou lobbies. Ce sont des associations porteuses de certaines attitudes communes, de certains intérêts spécifiques, de certains buts sociaux et qui développent une action en vue d’atteindre ces buts, en exerçant médiatement ou immédiatement certaines pressions sur les instances dépositaires de la puissance publique. Leurs moyens d’action classique sont :
- L’information des décideurs (remise de dossiers techniques)
- L’action sur les médias afin de créer un mouvement d’opinion publique passible de faire adopter ou rejeter tel ou tel programme
- Les contacts et les négociations : les lobbies sont ceux qui « font les couloirs ». L’atout réside dans la continuité des contacts avec les parlementaires, les hauts fonctionnaires, les directions spécialisées des ministères et auprès des organisations professionnelles. Les contacts se font d’ailleurs dans les deux sens
- Le financement éventuel des campagnes électorales.
Une des occupations principales des lobbies consiste en la recherche d’acquisition d’une rente (liée à la privatisation d’un monopole, par exemple). L’engagement nécessaire afin de s’approprier cette rente entraîne des coûts réels économiques, ce qui augmente la perte du bien-être collectif et peut même éliminer la valeur entière de la rente recherchée.
2. Défaillance de l'État à travers les décisions des hommes politiques
Une des conclusions de la théorie des choix publics est que les démocraties produisent moins de « bonnes » décisions en raison de l'ignorance et de l'indifférence rationnelles des électeurs. En effet, aucun électeur singulier ne peut s'attendre à ce que sa voix ait un poids sensible sur le résultat des élections, tandis que l'effort nécessaire pour s'informer afin de voter en toute connaissance est, lui, considérable. Ainsi, le choix rationnel de l'électeur est de rester dans l'ignorance, voire de s'abstenir (les experts parlent de l'irrationalité du vote).
Les bonnes décisions politiques peuvent être considérées comme un bien public pour la plupart des électeurs, puisqu'ils en bénéficient quoiqu'ils fassent, et qu'ils n'en privent personne d'autre. Cependant, il existe un grand nombre de factions ou d'intérêts particuliers qui pourraient tirer un avantage en obligeant le gouvernement à adopter des décisions généralement nuisibles, mais profitables pour eux. Par exemple, les revendeurs de véhicules d’occasion peuvent avoir intérêt à refuser l’interdiction par l’Etat d’importation de véhicules de plus de 10 ans d’âge. Ce qui leur permet d'entretenir une rente. Le coût de la non application par l’Etat d'une telle mesure environnementale et sociale se retrouve diffusé dans l'ensemble de la population, et le préjudice subi par chaque électeur est invisible pour ce dernier tellement il est minime. Les bénéfices, eux (c’est à dire la rente), sont partagés par une petite minorité, dont la préoccupation majeure devient alors de faire perdurer ce type de décision.
La théorie des choix publics explique ainsi donc que de nombreuses décisions nuisibles à la majorité seront prises quand même. C’est pourquoi elle parle de « défaillance de l'État », comme miroir de l'expression « défaillance du marché » couramment employée en économie publique.
Les décideurs dans le système public subissent faiblement, voire pas du tout d’un point de vue personnel, les conséquences monétaires et financières de leurs mauvaises actions et décisions.
Dans tous les cas, ils (ceux au pouvoir) cherchent à s'attribuer les mérites de ce qui va bien et à se défausser des ennuis sur d'autres (opposition, extérieur, étranger, partie de la population qui ne vote/votera pas pour lui, secteur privé, gouvernement précédent, etc.)
Bien entendu, aujourd’hui au Bénin, tout se justifie et tout se déplore avec une telle facilité. Mais il n’y a jamais personne surtout parmi ceux qui ont la charge du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire pour mettre véritablement fin à la détresse populaire.
A quoi sert-il d’être un homme politique si le courage d’être impopulaire vous manque pour servir de modèle ?
Gino ALAVO, Chargé d’études chez MédicisCo – Cotonou, Paris.