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  • Wilfried Léandre HOUNGBEDJI
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  • Journaliste et écrivain béninois engagé. Auteur des livres: Liberté et Devoir de Vérité (mai 2008), Scandales sous Yayi (décembre 2008) et 2011...?! Chroniques d'une élection annoncée fatidique (décembre 2009)

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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 20:58

3ème congrès ordinaire du PRD

Ombres et lumières du discours d’Adrien Houngbédji

 

Les premiers mots publics de Me Adrien Houngbédji, après la présidentielle controversée de 2011, sont finalement intervenus samedi 11 février dernier, à l’occasion de l’ouverture du 3ème congrès ordinaire de son parti, le Parti du Renouveau démocratique (PRD). Attendus par plus d’un, ces mots renseignent sur l’état d’esprit de l’ancien candidat et sur les perspectives que se donne désormais le PRD. En attendant la retraite de son président fondateur, le parti semble vouloir revivre. Ombres et lumières d’un discours…

 

 

« Deux présidences de l’Assemblée nationale, cinquante-quatre députés, quatre ministres et une seule participation au gouvernement. Nous avions fixé la barre plus haut. L’objectif n’est pas atteint. Eh bien, la lutte continue ! » C’est un extrait du discours de Me Adrien Houngbédji, faisant le bilan de la vingtaine d’années d’animation de la vie politique par le PRD. Bilan sobre mais lucide qui signifie très clairement que le PRD aura été essentiellement un parti d’opposition et non un parti de pouvoir même s’il y a participé une fois et pas pour longtemps. Mais la lutte continue avec qui et sur quelles bases ? Car, à l’occasion de ce congrès qui intervient quelques jours seulement avant ses 70 ans le 5 mars prochain, ce qui le rend forclos pour participer encore à une élection présidentielle, selon les termes de la Constitution, nombre d’observateurs pouvaient pronostiquer sur un retrait de l’homme de la scène politique active. A l’arrivée, il n’en fut rien. Or, en parlant presque tout le temps aux congressistes, dans son discours d’ouverture, à la deuxième personne du pluriel, Me Adrien Houngbédji semblait prendre des distances vis-à-vis du parti, comme pour leur dire qu’il fallait compter sans lui désormais. Ce ne sera finalement pas dans l’immédiat. Et pourtant, l’occasion aurait été propice. Les partisans les plus dévoués de l’homme estimaient et croient encore qu’il est le seul à même de garantir aujourd’hui l’union du parti car, appréhendaient-ils, son retrait pourrait propulser le PRD dans une zone de turbulences et d’incertitudes. Pour eux, Adrien Houngbédji est donc le remède pour éviter une crise majeure au parti. A contrario, d’autres pensaient et le soutiennent encore, que tout en tirant les leçons du parcours du parti, son président fondateur devait en faire autant pour ce qui est de son parcours propre, lequel n’aura finalement pas porté le parti au sommet qu’il se destinait. Pour ceux-là, l’idéal aurait été que Me Adrien Houngbédji quittât la tête exécutive du parti, passât la main à un nouveau leader. En réalité, dans un camp comme dans l’autre, les arguments ne manquent pas. Seulement, le maintien ou non d’Adrien Houngbédji à la tête du parti ne manquera de faire des mécontents. Or, ce congrès arrivait à un moment dont rêverait tout parti majeur vivant une telle conjoncture. Il se tenait à plus de trois et quatre bonnes années des prochaines élections cardinales (législatives et présidentielle). Le parti n’aurait-il donc pas pu s’offrir un nouveau leader, celui-ci disposant de relativement assez de temps pour commencer à se donner de l’étoffe et être compétitif, éventuellement, dès ces échéances ? Vu sous cet angle, l’on peut considérer que le congrès et les dirigeants du PRD ont manqué de courage. Or, quoique commandée peut-être par les circonstances qui prévalaient à la suite de la présidentielle de 2011, la non candidature du président du parti aux législatives de la même année n’aura pas empêché le parti de conserver les quatre sièges de députés qu’il obtient régulièrement par exemple dans la 19ème circonscription depuis 1999, année où le MADEP, créé en 1997, commença à lui prendre un des cinq sièges en jeu, avant de céder celui-ci aux FCBE depuis 2007. C’est dire si le parti peut survivre à son fondateur… Et cela, Adrien Houngbédji semble en être conscient, qui invitait les congressistes à « aborder l’incontournable question du renouvellement de la classe politique », professant qu’ « il (nous) faut passer les leviers de commande à la jeune génération chaque fois qu’elle paraît apte à les manier ».  Les déceptions, les « trahisons » et la crainte de leur résurgence ont-elles eu raison de cette ambition ? On peut le croire lorsque Me Adrien Houngbédji rappelle : « Au sortir de notre congrès des 15, 16 et 17 décembre 2006, nous avons donné à notre capitale Porto-Novo, le plus jeune maire élu de la sous-région, à notre Assemblée nationale le plus jeune président de groupe parlementaire, et aujourd’hui le plus jeune député du Bénin ; à notre parti lui-même le plus jeune Secrétaire général, le plus jeune Directeur de cabinet… » mais qu’il dénonce « l’impatience, la cupidité, le défaut d’humilité et la duplicité de quelques-uns… » ; ou encore « des transhumants ou des étoiles filantes ».  Seulement lui-même attribue ces maux ou déviances à « quelques-uns » et professe immédiatement après que « l’avenir appartient aux jeunes ». Il eut été sans doute appréciable que le congrès le confirmât.

 

Le PRD, la RB et l’UN

Ce discours de Me Adrien Houngbédji, outre le fait qu’il règle subrepticement leurs comptes à d’anciens militants ou compagnons passés peut-être depuis à l’ennemi, ne se prive pas de décocher quelques flèches à d’anciens partenaires. Ainsi, lorsque parlant de la « main tendue », le président du PRD dit qu’ « elle s’est arrêtée à une force politique qui n’avait pas besoin qu’on la lui tende ; elle est de tous les gouvernements Boni Yayi ; seuls les titulaires ont changé », c’est un secret de polichinelle qu’il veut parler de la Renaissance du Bénin. Dès lors, on peut se demander si Adrien Houngbédji et les autres membres de l’Union fait la Nation (UN) ont été bien avisés de s’allier à ce parti tout en sachant et en lui reprochant secrètement d’avoir eu en permanence au moins un représentant au gouvernement. Comme pour confirmer l’amertume et sans doute le divorce, lorsqu’il parle de l’UN, Adrien Houngbédji n’a plus ces gentils mots qui exaltaient le travail abattu par Léhady Soglo dans le sens de son avènement. Il rend plutôt « hommage à tous ceux qui, de quelque manière, ont contribué (avec nous) à la germination, à l’éclosion et à l’envol de l’UN ». Les ponts sont apparemment bien rompus.  Et l’on peut comprendre davantage la déception de l’ancien candidat quand, affirmant être bien placé pour le savoir, il développe : « Cette UN, accueillie avec ferveur par les populations que nous représentons, a été combattue avec la plus grande détestation par ceux qui, au-dedans de nos frontières comme au-delà, y ont vu à tort ou à raison, une menace pour l’ordre établi, une sorte de révolution tranquille… Ils l’ont combattue avec méthode et application ; de l’intérieur et de l’extérieur, par tous les moyens. Et ils l’ont fait avec succès… ». Là encore, une grosse interrogation, si le candidat Houngbédji avait connaissance de cette attitude de la part de certains membres de l’Union, et sans doute d’autres responsables avec lui, comment et pourquoi n’ont-ils rien fait pour y mettre fin ? Pour sauver les apparences et donner l’image d’un groupe uni envers et contre tout ? Ou alors ils ne l’ont su qu’après coup et on pourrait leur reprocher d’avoir manqué de stratégie et de renseignements.

Par ailleurs, lorsqu’il évoque l’avenir du PRD et ses relations avec l’UN, le discours d’Adrien Houngbédji se fait limpide à l’envi. Morceaux choisis : « Le PRD est membre de l’UN. Il reste certes attaché à ce rêve d’union, ses militants continuent d’y croire. Mais en même temps, le PRD est soucieux de son propre devenir… » ou encore « Un tel parti, le PRD, ne peut se résoudre, ni à fusionner, ni à disparaître, aussi longtemps qu’un substitut crédible, ne lui est pas proposé. Il peut s’associer, nouer des alliances, participer à des fronts, concéder une partie de son autonomie. Mais il ne peut pour l’instant renoncer ni à son identité, ni à sa visibilité. Ainsi s’explique, entre autres, la constitution de notre groupe parlementaire… ». En clair, l’idéal de la fusion prônée dans la nuit du 10 au 11 avril 2010 par Rosine Vieyra Soglo, lors de la désignation du candidat unique de l’UN est désormais conjugué au passé, officiellement, par le PRD qui, après la RB qui aura délibérément pris ses distances d’avec l’UN, est le premier parti s’en réclamant encore, à prendre une telle responsabilité. Cela pourrait être assimilé par les autres composantes, à une sorte de lâchage après que Adrien Houngbédji a eu le privilège de porter l’étendard de l’Union en 2011. Ce que renforcent les questionnements d’Adrien Houngbédji au sujet de l’UN dont il se demande clairement si elle constitue encore, en son état actuel, une réponse appropriée aux préoccupations qui l’ont fait naître… Concrètement, c’est de peu si le président du PRD ne se pose en victime de l’UN. Ce qui peut justifier les envies de liberté du PRD, voire de repositionnement stratégique sur l’échiquier politique.

 

La main tendue : une aubaine à saisir ?

 

Sans doute, un parti de la dimension de celle qu’a été le PRD jusque-là a vocation à gérer le pouvoir d’Etat, seul ou en alliance. Or, constate Adrien Houngbédji, « la spécificité de la démocratie au Bénin, c’est que jamais un parti politique n’a accédé seul au pouvoir, mais toujours en coalition… ». Et il aurait pu ajouter qu’aussi paradoxal que cela paraisse, jamais un chef de parti n’a accédé au pouvoir depuis 1990. Mais dans l’immédiat, le PRD et son leader, qui ont apparemment fait le deuil de la présidentielle de 2011, parlant timidement de « hold-up », mais plus d’« échec » sinon de « victoire (qui) ne fut pas au rendez-vous » ou encore de « fruits n’ayant pas tenu la promesse des fleurs », entendent-ils tourner définitivement la page ? L’on ne peut ignorer que pour un tel parti, se trouvant à la croisée des chemins, il y a très certainement deux grandes tendances qui s’affrontent, celle qui voudrait voir le parti prendre résolument et hardiment ses quartiers dans l’opposition, et celle qui au nom du positionnement des cadres trop longtemps tenus à l’écart de la gestion du pouvoir, ostracisés ou brimés, voudrait que le parti se saisisse prestement de la « main tendue ». Là-dessus, Adrien Houngbédji semble jouer à contenter les deux tendances. En effet, le parti, tout en se disant dans l’opposition, montre une bonne disposition d’esprit à répondre favorablement à l’ouverture que le régime voudrait bien faire ; si ce n’est qu’il tend carrément la perche ou fait un appel de pied dans ce sens.  Et la condition posée parle PRD pour répondre favorablement à cette « main tendue » ne semble pas insurmontable. Car, il s’agirait pour le régime de « prendre conscience que pour guérir, le Bénin a besoin d’un sursaut national qui rassemble toutes ses forces politiques et sociales autour du chantier de la reconstruction » bref, prendre conscience « qu’il y a une crise nationale larvée » et appeler « l’opposition à prendre sa part de responsabilité dans un gouvernement d’union nationale ». Si cette condition est remplie, la suite peut être aisément devinée. La prétérition contenue dans la question d’Adrien Houngbédji à ses militants en dit suffisamment long : « est-ce que nous pourrions nous dérober ? ». Mais cette logique sera-t-elle aussi celle de l’UN qu’il dit pourtant espérer avoir sa place dans l’opposition ? Le cas échéant, que resterait-il de l’opposition ? Comment être dans l’opposition, se battre « pour une autre politique et pour l’alternance » et prétendre, au nom d’une certaine main tendue, entrer dans un gouvernement d’union nationale ? Une telle démarche ne serait-elle pas plutôt guidée par le souci, sachant que le titulaire actuel de la fonction présidentielle, ne devrait pas se représenter à un nouveau mandat, de positionner les siens pour mieux être au fait des réalités de l’Etat ?   Surtout que, revisitant les glorioles passées du parti, il suggère que, « Ignorer le PRD, le marginaliser, l’exclure des centres de décision, c’est ignorer ces populations, c’est les marginaliser, c’est les exclure… », ces populations qui, dit-il, ont permis au parti de tenir son rang au fil des années et de garder l’importance qui est la sienne.

En attendant, on peut reconnaître que, somme toute, Adrien Houngbédji a tenu un discours d’opposant, dont la clarté a été toutefois brouillée par la possibilité annoncée d’accéder à la volonté d’ouverture que voudrait bien manifester le chef de l’Etat, comme suite peut-être à l’appel au dialogue dont le président du PRD attend un signe visible, en dehors des mots.

Par Wilfried Léandre HOUNGBEDJI
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